6 décembre 2007

Du rouge dans les yeux, interview des comédiens

Catégorie : vidéo, Presse & média, Général — admin @ 22:00

Simone Audermars, metteur en scène

Ahmed Belbachir

Athéna Poullos

Marco Facchino

Hélène Firla

20 octobre 2007

Internet sur les planches

Catégorie : Presse & média, Général — admin @ 19:42

Medialogue, l’émission de la RSR qui relate également la fabuleuse aventure “Du rouge dans les yeux” une pièce écrite par Michel Beretti et mise en scène par Simone Audemars. Des comédiens, de la vidéo, des blogs mais surtout le web omniprésent sur scène et qui donne la réplique aux comédiens.

 
icon for podpress  Michel Beretti dans l'émission Medialogue [9:51m]: Play Now | Play in Popup | Download

Emission Dare Dare de la RSR à propos de “rouge”

Catégorie : Presse & média, Général — admin @ 19:29

L’émission Dare Dare de la RSR part à la rencontre de Simone Audemars sur le sujet de “Du rouge dans les yeux” et l’usage des nouvelles technologies, des blogs et de la vidéo

 
icon for podpress  Du rouge dans les yeux sur Dare Dare [7:34m]: Play Now | Play in Popup | Download
4 octobre 2007

Le texte de la pièce

Catégorie : Presse & média, Général — admin @ 22:13

Le texte de la pièce

 

DU ROUGE DANS LES YEUX

Michel Beretti

commande de la Cie de l’Organon -Lausanne

Cie L’Organon Lausanne – Théâtre L’Oriental Vevey – Théâtre Saint-Gervais Genève – Grange de Dorigny UNIL Lausanne – Auditorium de Seynod – Théâtre Populaire Romand La Chaux de Fonds

Du rouge dans les yeux

Du rouge dans les yeux est écrit pour cinq comédiens. Le metteur en scène distribue le texte en Times New Roman entre les quatre premiers comédiens. Le cinquième comédien (« … un homme apparaît à contre-jour dans la brèche ouverte… ») joue exclusivement le texte final. Les passages en Courier New sont projetés ; ces textes projetés sont en rapport avec les quatre premiers protagonistes dont ils signent les premières interventions sur le plateau. Les passages en Couriersont projetés, ou dits en même temps qu’ils sont projetés, ou diffusés par l’intermédiaire d’une webcam ; ils se réfèrent à d’autres protagonistes virtuels, physiquement absents de la scène. Le même caractère Couriersera utilisé pour les interventions live ultérieures d’internautes pendant le temps de la représentation. Chaque passage Courierinclut un pseudo de chat, exceptionnellement le texte seul. La diffusion de ces textes se fait au rythme de l’écriture sur le clavier, qu’il s’agisse de séquences d’images animées, ou d’une écriture faite en direct depuis la coulisse (le spectateur voit le texte s’écrire sous ses yeux, avec les fautes et les retours en arrière habituels). Les passages sans ponctuation indiquent que le comédien doit trouver ses propres rythme et phrasé. Les traductions des passages en grec moderne, en serbo-croate et en polonais se trouvent en annexe. L’espace scénique est vide de tout meuble ou accessoire.

Argument (mai 2007)

« Pourquoi des chiens errants se rassemblent-ils à un carrefour de Brooklyn ? Y a-t-il un lien avec le fait qu’un adolescent a mis en ligne une vidéo racontant comment il a tué sa mère ? Ayant découvert par hasard sur une plate-forme la vidéo du garçon, quelques internautes se sont rencontrés pour comprendre son geste. Ils retrouveront un texte grec vieux de deux mille six cents ans qui ne semble plus intéresser grand monde : l’Orestie d’Eschyle. Leur enquête va les emmener très loin, jusqu’à la remise en question de la justice et de la démocratie. Certains abandonneront en chemin. L’Organon, assisté par Michel Beretti, a porté à la scène leurs échanges trouvés sur leur blog, http://imageaction.wordpress.com/. Sous les yeux du public et, éventuellement, par lui, « Du rouge dans les yeux » est un spectacle qui ne cesse d’évoluer : il continue de s’enrichir au fur et à mesure des représentations des apports distants venus d’internet jusqu’au théâtre. »

Les commentaires et les interventions des différents auteurs de ce blog, Image&Action, font partie intégrante du texte de Du rouge dans les yeux. Pendant les représentations de Du rouge dans les yeux, le spectacle sera mis en ligne sur un site créé spécialement, http://du-rouge-dans-les-yeux.cie-organon.ch, avec les matériaux qui ont servi à sa genèse. Il sera donc susceptible d’évoluer à partir des réactions et des propositions des internautes et des spectateurs, et de trouver ainsi de nouveaux développements.

Cette pièce, commencée en résidence d’écriture à la Chartreuse – CNES de Villeneuve lez Avignon sous le titre et il y aura encore la vengeance des chiennes, terminée en résidence à la Zuger Kulturstiftung Landis & Gyr, est dédiée à la Compagnie de l’Organon.

M.B. 14/08/07 22:48:01

« en quoi ça te concerne ? » as-tu demandé quand tu l’as vu en quoi ça les concerne ? je me suis demandé, quand je l’ai découvert, pur hasard. et puis j’ai décidé qu’il fallait qu’ils le voient eux aussi.

from : Helena.Makropoulos@acropolis.net to : http://imageaction.wordpress.com/

projection.

je suis descendu dans la cuisine mais j’ai pas allumé la lumière je sais pas pourquoi j’ai pas allumé la lumière j’ai dû faire du bruit ma mère est descendue en chemise de nuit une chemise de nuit blanche dans le noir en chemise de nuit blanche elle me faisait peur elle m’a offert à manger des beignets j’en voulais pas de ses beignets j’aurais voulu lui parler mais elle en avait que pour ses beignets j’ai bien compris que tant que j’accepterais pas de manger ses beignets elle m’écouterait pas elle me faisait peur j’avais l’impression d’entendre parler un mort j’avais l’impression qu’un mort me parlait elle avait la peau blanche d’un mort aussitôt que j’ai fini son beignet j’ai voulu parler mais elle m’a offert un autre beignet je l’ai mangé aussi elle parlait toujours sans que je puisse en placer une elle me glissait dans la bouche un beignet après l’autre ils étaient gras ses beignets des beignets froids est-ce que mon père suçait le bout de tes seins quand tu m’allaitais je lui ai demandé est-ce que mon père t’a dit qu’il fallait d’abord ôter le venin ? j’ai demandé mais elle voulait que je mange ses beignets et je les mangeais et j’arrivais plus à avaler j’étouffais elle avait sa voix autoritaire comme quand j’étais petit j’ai vu son crâne ouvert c’était rouge j’ai frappé jusqu’à ce que je vois dans mes yeux ce que je voyais dans sa tête elle a crié c’était la nuit j’ai eu peur de voir arriver les voisins je lui ai enfoncé trois doigts dans la bouche mais j’ai pas eu le courage de les y laisser tellement je sentais que je lui faisais mal c’était ma mère elle s’est remise à crier alors j’ai remis les doigts dans sa bouche ma mère a glissé dans l’escalier et moi j’ai glissé avec dans l’escalier sur les genoux les doigts toujours dans sa bouche elle faisait des bruits ça me faisait horreur ça me dégoûtait l’idée m’est venue de lui serrer le nez j’ai vomi sans lâcher le nez les trois doigts dans la bouche j’ai vomi sur la chemise de nuit blanche sur elle tous les beignets qu’elle m’avait fait manger ça a duré ça a duré quoi ? dix minutes jusqu’à ce qu’elle bouge plus après j’ai fait ça sur le mur ça explique tout pourquoi

l’adolescent se lève, on ne voit que le bas du torse ; il sort du champ de la caméra, on voit le mur et ce qu’il y a dessus, puis la main de l’adolescent passe devant l’objectif, éteignant la caméra.

qu’est-ce que ça signifie pour nous, je veux dire pour nous tous ?

pivoine says:

qui « nous tous » ?

et pour vous ?

John Doe says :

une chienne jaune crottée traverse la rue from : tulliodimauro@tele2.it to : http://imageaction.wordpress.com/

là, je ne sais pas quoi répondre quête narcissique de célébrité ? le quart d’heure de célébrité dont chaque individu jouira dans l’avenir ?

TSF says :

ANDY WARHOL

œuvre d’art extrême ? tentative d’explication de son geste ? tentative désespérée de raconter, de se raconter ? appel au secours ? pourquoi il l’a envoyé sur Internet ? ça n’explique rien, ce qu’il y a sur le mur ; il n’explique rien. il est incapable de rien expliquer ? je me suis demandé : est-ce que je peux leur donner à voir ça ? il y a une limite qu’on recule toujours davantage : jusqu’où peut-on faire reculer cette limite, au-delà de laquelle celui qui voit est tétanisé, paralysé, ne fait plus qu’un avec l’horreur de ce qu’il voit ?

from : Helena.Makropoulos to : http://imageaction.wordpress.com/ est-ce qu’on a le droit de faire ça ? de faire ou de montrer ? la décision de montrer ou de ne pas montrer une image ne relève plus d’une autorité pyramidale mais d’individus isolés.

from : Morton.Garrett@aol.com to : http://imageaction.wordpress.com/

vous voyez ces caméras ? elles nous regardent. celles-là, là-bas, vous regardent nous regarder. plus ou moins loin de cette salle de théâtre, à cette seconde même, des doigts courent sur des claviers : messages, critiques, commentaires, suggestions, insultes nourrissent le spectacle de demain, et déjà infléchissent le spectacle de ce soir.

en cet instant, d’autres gens qui ne sont pas face à nous écoutent ce que je dis, observent mes mouvements dans ce… cette boîte, jugent de la qualité de votre attention…

John.Doe says:

la chienne jaune crottée retraverse la rue, le nez au sol ; elle avance en zigzag, elle est perdue ; non, elle flaire une trace, obstinément. from : Morton.Garrett@aol.com to : http://imageaction.wordpress.com/

je prends l’histoire en route, je repasse la séquence en boucle avec l’impression d’être un voyeur, de m’être immiscé dans une histoire qui ne me regarde en rien. et vous ? pas d’horreur, non, on ne voit rien, il se contente de parler simplement. l’horreur vient de ça, de ce qu’il parle si calmement de ce qu’il a fait, sans exprimer aucun sentiment, ni remords, ni colère, ni même de la haine. s’il y avait de la haine, ce serait plus rassurant ?

northern_star says :

moi aussi j’ai vu cette vidéo sur

http://www.dailymotion.com/register/6df9f48667695b37e1c 074f05/4415515on peut supposer une distraction du webmaster, ou l’absence de tout contrôle. from : Margaret.Petticoat@gmail.com to : http://imageaction.wordpress.com/

je rentre de vacances à Saint-Domingue, c’était super. c’est bidon, toute cette histoire est bidonnée, il a imaginé son histoire et a bricolé sa vidéo, il a fabriqué un faux, à l’insu de sa petite maman. il y a quelques années, pendant une révolution dans un pays de l’Est, on a vidé une morgue et filmé les morceaux de cadavres pour faire croire qu’il y avait eu un massacre, à Timisoara. l’image a fait disparaître la réalité.

John Doe says :

un chien noir famélique a remplacé la chienne jaune crottée.

c’est vraisemblable mais ça peut ne pas être vrai.

John Doe says :

à présent, la chienne jaune et le chien noir ne cessent d’aller et de venir, ils tournent en rond, ils flairent.

qu’est-ce que cette histoire de chiens vient faire dans l’histoire du garçon qui a tué sa mère?

Zebu says :

l’idée de faire un spectacle de théâtre à partir de ces images me paraît singulière.

oui, singulier : de cette matière virtuelle, faire un spectacle de théâtre. parce que c’était là. il y a quelque chose de malsain dans votre désir, je leur ai dit. ce n’est pas chez les autres, c’est en soi qu’il faut rechercher les racines du mal.

Marieke says :

le théâtre, l’art en général doit avoir pour fonction de faire rêver.

terpiekje says :

non, de penser devant le public.

le théâtre, c’est l’immédiateté du rapport entre l’acteur et le spectateur. voici l’ère de l’extension de l’acteur hors de toutes les limites imposées de l’ici et du maintenant de la scène. et le texte ? le texte que tu profères à cette seconde ? quel texte ? également venu de la distance.

midnite says :

alors tous co-auteurs du spectacle ?

peut-être que l’écriture est juste l’agencement d’une trame qui intègre tout ça.

felsenstin says :

si votre spectacle est fondé sur la participation active d’internautes distants à une construction du sens, le théâtre qui a toujours été une assemblée dans un lieu de gens faisant ensemble une expérience collective n’a plus de raison d’être. à quoi sert encore le théâtre ?

léger temps.

c’est une bonne question. pourtant nous voilà ensemble dans ce lieu pour 90’ (durée réelle du spectacle) d’expérience collective. je n’aime pas ce mot. je n’en ai pas d’autre. qu’est-ce qui fait une expérience collective ? la destruction.

Zebu says :

et les chiens ? qu’est-ce qu’ils viennent foutre là, les chiens ?

on suppose qu’une centaine de personnes sont rassemblées dans un lieu clos. un abri hors du monde. imaginez qu’au-dehors, il y a eu une destruction. bon, d’accord, au-dehors il y eu a une destruction ! non, imaginez. au-dehors, un désastre est survenu. « dés-astre » : l’un après l’autre, les astres se sont éteints. ici, on n’est pas obligés de voir les étoiles. ni de déchiffrer les messages qu’elles envoient aux humains.

blackdahlia says :

comme quand on sera morts ?

comme quand on sera morts. au-dehors, il n’y a plus de sens du monde, plus d’Histoire pour conduire les peuples devant son tribunal, plus de fin du monde.

Sergio20239 says :

et nous ?

sachant que le mouvement de la lumière sur l’écran remplace inexorablement le mouvement physique individuel, imaginez qu’au moment où je parle, la réalité distante est atteinte par une catastrophe. au-dehors, il n’y a plus de monde.

il n’y a plus que ce lieu sombre et vide où des gens sont venus vers d’autres gens qui s’adressent à eux pendant 90’ (durée réelle de la représentation), tandis qu’au-dehors fond une catastrophe indéfinie, silencieuse. nous sommes en quelque sorte des amateurs de catastrophes. imaginez qu’une stérilité prodigieuse a touché la nature et les femmes. la peste à Thèbes au début de l’Œdipe de Sophocle. l’extinction de la race de Lemnos parce que, jalouses, les épouses avaient massacré leurs maris. le sexe des Lemniennes s’était mis à puer, leur sexe puait tellement que leurs hommes s’étaient détournés d’elles. on ignore ce qu’était la faute des Lemniennes.

Monique Biesebrouk says :

c’était dans le journal d’ici il y a deux semaines (PDF attachment), 20 mars 2007 :

from Margaret.Petticoat@gmail.com to : http://imageaction.wordpress.com/

il a tué sa mère. le garçon a tué sa mère.

John Doe says:

un troisième chien bâtard aux lourdes mâchoires a rejoint le chien noir famélique et la chienne jaune crottée. sans relâche ils courent le nez au sol et flairent.

je m’appelle Helena Makropoulos. enfin je ne suis pas vraiment Helena Makropoulos, c’est moi qui la joue, moi, Hélène Helena Makropoulos, mes amis m’appellent Helli ou Helenou. d’emblée, cette histoire m’a rappelé quelque chose que je savais, mais que j’avais oublié, vous savez, comme un pays que l’on a connu autrefois, qu’on a visité il y a longtemps et qu’on ne reconnaît plus, son pays peut-être autrefois, un pays étrange dont les habitants vous adressent des signes que

vous ne comprenez pas, tandis que le paysage défile de l’autre côté de la vitre. comme ces coulées de peinture sur le mur, tout à l’heure, derrière le gamin. j’ai deux enfants, un fils et une fille, ils sont grands, je n’ai plus de mari, j’ai tout le temps à présent de me promener. la Toile. le film, je l’ai découvert par hasard.

Monique Biesebrouk says :

hier, je suis allée au marché, j’ai acheté des légumes (ils sont moins beaux qu’au supermarché mais sans pesticides cancérigènes) et j’ai cru le voir, le gamin du film, il fouillait dans une poubelle, il a vu que je le regardais, il s’est enfui.

parce qu’à un moment je me suis dit : Helena Helenou, il faut que tu ailles voir de plus près. peut-être parce que j’ai un fils du même âge que le gamin.

John Doe says :

ce matin, les chiens ne sont pas venus. apparemment ils sont tous partis, où sont-ils partis ? qu’est-ce que ça signifie ?

ici, ce lieu vide et sombre est propice aux apparitions.

bruit de la circulation. les répliques se superposent.

je suis Morton Garrett. enchantée, Margaret Petticoat. vous êtes excessivement jeune. nice to meet you.

Abdelrahmane says :

problèmes de visa et mère malade, impossible de venir à Bruxelles.

qu’entendez-vous par « excessivement » ? je ne suis pas Anglaise.

vesicule says :

contretemps imprévu, soyez prudents.

jusqu’à la dernière minute, je ne savais pas si je pourrais venir, j’ai demandé un congé à mon employeur mais… je vous imaginais… je ne vous imaginais pas comme ça… gêne. ils se serrent la main maladroitement dans le hall de l’aéroport international de Bruxelles, petite île entourée du flot des voyageurs, leur pancarte à la main pour se reconnaître. au-dehors, il pleut. alors il a fallu qu’un jour nous trouvions le courage de nous rencontrer, de crier pour dominer le bruit de la circulation, respirer le même air pollué. j’habite dans la Creuse. éloignons-nous d’ici, vous voyez ces caméras de surveillance. Tullio di Mauro, Augusto Tullio di Mauro, appelez-moi Mauro. en fait, il s’appelle Clément. je vous avoue que d’abord je n’y ai pas cru, encore un canular, comme cette histoire de poker inventé par la mafia japonaise dans le métro de Londres où les atouts auraient été les voyageurs : 5 dames assises ensemble font une

quinte, et maintenant le tube poker, ça existe ! il suffit qu’on filme quelque chose qu’on a imaginé et ça devient réel. chez moi, je dis toujours à mes élèves : « si vous voyez une caméra quelque part, détalez, caltez, tirez-vous, s’il y a une caméra c’est qu’il va se passer quelque chose. » hier midi, à Londres, un homme monte sur une table à la terrasse d’une pizzeria et devant tous les clients qui mangent leurs pizzas, il se tranche le pénis, pourquoi je vous raconte ça ? parce qu’il y avait des caméras de surveillance comme ici, et dans l’heure les images ont fait le tour des télévisions. la pizzeria s’appelait « Zizzi ». ça ne s’invente pas.

Monique Biesebrouk says :

ma voiture est tombée en panne, impossible de venir vous chercher à l’aéroport de Bruxelles.

ça commence bien.

le bruit de la circulation couvre les voix.

on ne pourrait pas aller ailleurs ? on ne s’entend pas. quoi ? je dis qu’on ne s’entend pas vous vous appelez réellement Margaret Petticoat ? bon, j’ai rendez-vous avec Monique Biesebrouk au Roeulx. on se retrouve à l’hôtel.

le bruit de la circulation cesse brusquement. projection. pièces vides d’une maison, caméra mouvante.

(voix off) j’ai retrouvé la maison. elle a été rachetée, elle est en travaux. il n’y a plus aucun meuble nulle part, pas un papier, un carton qui traîne. tout est en travaux. est-ce qu’ils avaient un chien ? il y avait des traces de griffes contre la porte.

trois pièces en enfilade, peut-être des salons, la salle à manger. la cuisine. l’escalier. c’est dans l’escalier, en bas de l’escalier que ça s’est passé.

la caméra s’attarde un instant sur le pied de l’escalier.

je monte l’escalier. tout a été vidé Monique Biesebrouk a demandé les clés à l’architecte. il y a plusieurs chambres à l’étage, quatre pièces, j’ignore laquelle était la chambre de la mère, celles des deux filles. celle de la mère, c’était peut-être celle-ci, la plus grande.

ouverture, fermeture de portes.

ça alors ! il y a une crotte de chien ! une crotte de chien en plein milieu du couloir. elle est molle, toute fraîche.

la caméra s’arrête sur la crotte de chien.

comment un chien a pu entrer dans cette maison fermée ?

la caméra pénètre dans une nouvelle pièce vide.

voilà, c’est ce qu’il a fait sur le mur et qu’il a filmé ensuite. il a mis sa caméra à peu près à cet endroit et il s’est placé là. il a dit: « après j’ai fait ça sur le mur de la cuisine ça explique tout pourquoi »

la caméra s’arrête sur le mur.

Passionnata says :

tout ça, c’est du vent, ils ne disent jamais la vérité.

le comédien entre, caméra à la main.

et c’est là que j’ai commencé à vraiment y croire. il y a quelque chose de malsain, de morbide dans notre intérêt, voilà ce que je me répétais après avoir vu les images de la maison et compris que ce n’était pas du flan. pourquoi ce sujet plutôt qu’un autre, merde ? pourquoi ils veulent en faire un spectacle, ces cons ? ils n’ont rien de plus amusant à montrer qu’un gamin qui a peut-être, ou peut-être pas, tué sa mère, merde ! rien de plus gai, bordel ? pourquoi cette fascination pour le rouge ? le rouge ? le rouge ? le rouge ? le rouge ? moi, depuis tout petit, cette couleur me plonge dans un profond malaise. tout le monde est d’accord pour dire que c’est une couleur qui énerve, et pas seulement les taureaux qui d’ailleurs ne voient pas les couleurs. trop de malheur à jouer. trop de malheur à voir. il faudrait secouer tout ce malheur de nos épaules, je me disais. mais qu’est-ce qu’il y à vendre, ici (geste), à part le malheur ? le malheur est un fonds de commerce, le seul qui soit un peu rentable. une fois répandu sur le sol, le sang noir de la mort ne remonte jamais dans les veines.

à quoi sert de faire couler le sang des hommes devant d’autres hommes assis, assis depuis toujours dans le soleil, dans l’ombre, impuissants, de l’autre côté de la frontière invisible, infranchissable, que trace le malheur ? jusqu’à ce que la ligne se déplace la ligne immatérielle qui sépare le bonheur du malheur. le théâtre devrait prendre pour unique but sa propre disparition. mais c’était quelque chose qui s’était produit à côté de nous, juste à côté de nous, quelque chose qui était arrivé, comme un homme mourant qui vous tombe dans les bras, que vous n’avez jamais vu, et vous pensez « tiens,un homme est en train de mourir, il tombe, je le reçois dans mes bras », un événement comme la chute d’une météorite, la mort d’un dieu. c’est ce que je me disais, moi, Margaret Pettycoat, ou Julia, ou Diana, ou Hestia, ou whatever qui.

Shiva says :

le gamin a été arrêté ce matin.

je suis plus un gamin.

dans une banlieue, terrain vague aux herbes folles, un squat aux murs tagués.

qu’est-ce que tu es ? je suis mort. pourquoi tu dis que tu es mort puisqu’on est là, l’un en face de l’autre, vivants ?

geste.

je cherchais pas à vous frapper.

temps.

retire ta main. retire ta main, ou j’appelle le gardien.

temps.

qu’est-ce que tu veux ? que vous sentiez ma main. quoi ? je vous la mettais sous le nez pour que vous puissiez la renifler. qu’est-ce qu’elle a, ta main ? elle sent le pourri. non, c’est toi, toi qui sens mauvais. vous trouvez pas que ma main, elle sent le pourri ? pourquoi tu refuses de te laver ? je suis mort. mon corps est tout pourri, y a que le cerveau qui fonctionne. alors je vois pas pourquoi je devrais me laver.

temps.

tu as voulu être jugé pour ce que tu as fait, pourquoi ? je sais pas.

temps.

est-ce que tu sais ce que tu as fait ?

temps.

de toute façon je suis déjà mort.

silence.

John Doe says :

apparemment les chiens sont tous partis, où sont-ils partis ? qu’est-ce que ça signifie ?

le premier jour, on s’est arrêtés là, il n’a plus dit un mot, c’était un bloc de silence buté, sournois, pas une seconde il ne m’a regardé(e) en face, ses yeux papillonnaient d’un point à un autre de la pièce sans se fixer nulle part. j’étais partagé(e) entre la pitié et la rage, oui, la rage, j’aurais pu le frapper, encore et encore. comme il avait frappé sa mère ?

temps.

tout ce chemin parcouru jusqu’à cet hôpital sinistre, cet hôpital psychiatrique en briques au milieu des champs de betteraves, tous ces efforts auprès de l’administration pénitentiaire pour le voir ! tout ça pour me trouver devant ce mur de silence que j’avais envie de battre de mes poings ! vous auriez pu le frapper à mort ?

temps.

je ne sais pas. probablement. e jour :

temps.

vous me l’avez déjà demandé hier. moi ça m’est égal de recommencer. j’ai tout mon temps. je suis mort. j’ai eu une enfance normale, ce qu’on appelle une enfance normale. je sais pas comment on peut dire qu’une enfance est normale ou pas. il y avait rien de particulier dans mon enfance, quoi. je lui ai demandé de l’argent, elle a pas voulu. on ne tue pas sa mère parce qu’elle vous refuse de l’argent, sinon il n’y aurait plus une seule mère en vie sur cette planète ! jamais elle voulait me donner d’argent, il se contentait de répéter. avec tout le fric qu’elle avait pompé à mon père ! là, il aurait fallu lui crier : « pourtant, c’est toi qui l’a fait ! est-ce que tu sais ce que tu as fait ? » et lui repasser le film qu’il avait tourné, dix fois, cent fois, l’obliger à le regarder jusqu’à ce qu’il prenne conscience de son acte. non. car s’il prenait conscience, réellement conscience, de ce qu’il avait fait, il mourrait sûrement. ce qui se passe dans la plupart des cas. il n’avait pas été condamné à mort, mais à l’internement asilaire. le lendemain : mon père, je m’entendais bien avec mon père. avec ma mère – ma mère, elle préférait mes sœurs, surtout la plus jeune. depuis longtemps, j’avais l’intention de le faire. ma tante est une salope, elle arrête pas de coucher, salope. avec mes trois sœurs, ça faisait beaucoup de femmes à la maison. elles étaient tout le temps contre lui, mon père était malheureux. c’est là que j’ai commencé à battre mes sœurs – à me battre avec mes sœurs.

elles étaient contre moi comme elles étaient contre mon père. ça faisait longtemps que mon père et ma mère dormaient dans des chambres séparées. peut-être depuis le début ? mon père suçait le bout des seins de ma mère quand elle m’allaitait. il disait qu’il fallait d’abord ôter le venin. quoi ? je l’ai fait pour sauver mon père. ton père vous avait quittés depuis cinq ans ! et lui, têtu : je vous l’ai déjà dit, c’est pour mon père que je l’ai fait. si je l’avais pas fait, j’aurais été d’autant plus coupable. mais tu es coupable ! coupable d’avoir tué ta mère ! il a haussé les épaules : c’est rien à côté.

John Doe says :

j’avais parlé trop tôt. avec la chienne jaune crottée, le chien noir famélique. il y en a d’autres maintenant :

et là, silence.

un molosse aux lourdes mâchoires et au regard sournois, un grand avec des poils emmêlés et sales, un troisième bas sur pattes mais avec un corps puissant et des oreilles pendantes, il a les yeux qui saignent.

quand j’étais petit, je passais l’été à la campagne, il y avait une chienne qui avait eu une portée de chiots, petites choses presque aveugles encore, qui se bousculaient dans la paille à la recherche des tétines de la mère partie quelques minutes. j’ai pris un des chiots, au hasard, je n’ai pas choisi parmi eux, je l’ai pris dans mes mains, et de toute ma force je l’ai projeté contre le mur. il est mort deux jours plus tard. pourquoi nous raconter ça ? je n’en ai jamais parlé à personne. j’ai choisi un être parmi d’autres êtres, je l’ai fait mourir ; les autres, je les ai laissés vivre, j’étais Dieu. vous le raconter ne me soulage pas. alors qu’est-ce que ça doit être de tuer un être humain ? il est peut-être plus facile de tuer un être humain qu’un chiot ? moi, j’ouvrais grands les yeux, je tombais en arrière et je mourais dans une dernière convulsion. je voulais savoir ce que c’était que la mort, je mourais, ma petite sœur hurlait, elle me secouait en pleurant, elle appelait au secours mais il n’y avait personne dans la maison, elle restait seule avec mon cadavre. ma petite sœur m’adorait. peut-être qu’elle allait mourir de douleur de me voir morte ? qu’est-ce que vous avez à me regarder ? je ne vous imaginais pas comme ça. moi aussi j’avais une petite sœur. je la traitais comme une jolie poupée, je l’asseyais sur le rebord de la fenêtre. nous habitions au troisième étage.

je laissais au hasard le soin de décider si ma petite sœur devait tomber ou pas, moi je n’avais fait que créer accidentellement les conditions de sa mort ou de son salut. toute notre vie, nous gardons en nous le souvenir de tels actes comme un fer brûlant, et quand nous regardons en arrière, nous ne pouvons en supporter la vision. moi, je ne me rappelle pas avoir jamais commis un acte de ce genre. pourquoi cette gêne entre eux après qu’il (elle) ait prononcé cette phrase ? le silence tombe. le bar de l’hôtel est fermé, pas moyen de commander une autre bière. de toute façon, le jour se lève. « y a rien d’autre, je vois rien d’autre », a encore dit le gamin. et puis : « les chiens ! les chiens sont là ! »

John Doe says :

ils ont élu ce carrefour comme lieu de rassemblement.

il a crié, il ne tenait plus en place, il tremblait comme une feuille, il regardait autour de lui d’un air terrifié. je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire méchamment : « si tu as peur, c’est que tu es vivant ; mort, tu n’aurais plus peur de rien. » « qu’est-ce que vous en savez, vous, de la mort ? » il avait raison, il en savait plus que nous sur la mort. il ne m’écoutait plus, il n’écoutait plus rien, il s’est recroquevillé dans un coin de la pièce, la tête recouverte de ses bras noués, il essayait de se boucher les oreilles et les yeux. j’ai interrompu la séance. mais il a encore murmuré quelque chose, le magnétophone tournait encore :

enregistrement son, quelque chose de la voix de l’adolescent du début, bruits confus :

« prends garde à la vengeance de mes chiennes ». quoi ? c’est le gamin qui parle ? ce n’est pas sa voix ! on dirait que c’est la voix de quelqu’un d’autre qui parlerait à travers lui. qu’est-ce qu’il a dit ?

l’enregistrement repasse, ils écoutent.

« prends garde à la vengeance de mes chiennes ». qu’est-ce que ça veut dire ? cette phrase, je me souvenais de l’avoir entendue, ou lue, mais j’étais incapable de me rappeler où. c’est à cause de cette phrase que je vous ai demandé de nous rencontrer.

John Doe says :
un sixième chien vient d’arri ver sur le carrefour,
efflanqué, l’air mauvais, à la gueule une écume
sanglante.                  

le gamin n’a pas fait d’études poussées, à l’école n’a jamais été bon élève (conséquence de sa vie familiale chaotique, je suppose), ne lisait rien. ce n’est pas sur sa play-station qu’il a pu dénicher une telle phrase. « prends garde à la vengeance de mes chiennes », ça vient des Choéphores, Les Choéphores d’Eschyle, vers 914,

όρα, φύλαξε µητρόςέγκοτουςκύνας. c’est l’avertissement que lance Clytemnestre à son fils Oreste au moment où il s’apprête à l’égorger. j’ai fini par la retrouver. alors j’ai voulu lui demander d’où elle lui venait, mais pendant la nuit il s’était évadé de l’hôpital psychiatrique. regardez.

projections enchaînées, courtes, rapides :

John Doew says :

une chienne jaune crottée traverse la rue.

quand John Doe a envoyé ce premier message, le gamin venait juste de tuer sa mère.

un chien noir famélique a remplacé la chienne jaune crottée, il tourne en rond, il flaire.

à cette date, le gamin est en fuite :

à présent, la chienne jaune et le chien noir ne cessent d’aller et de venir, de retourner sur leurs pas. je les ai appelés, mais ils m’ont ignoré, trop occupés à flairer leurs pistes qui se croisent.

quel rapport y a-t-il entre un gamin qui a tué sa mère au Roeulx en Belgique et une meute de chiens qui se rassemblent à un carrefour de New York ?

ce matin, un troisième chien bâtard aux lourdes mâchoires a rejoint le chien noir famélique et la chienne jaune crottée. sans relâche ils courent le nez au sol et flairent.

le gamin est toujours en fuite.

ils ont élu ce carrefour comme lieu de rassemblement.

j’ai vérifié la date de tous les envois de John Doe. les chiens ont commencé à se réunir à ce carrefour peu de temps après le meurtre, alors que le gamin était en fuite.

depuis ce matin, il n’y a plus de chiens dans la rue, ils sont tous partis, où sont-ils partis ? qu’est-ce que ça signifie ?

quand il a été arrêté, les chiens ont disparu du carrefour.

j’avais parlé trop tôt. avec la chienne jaune crottée, le chien noir famélique. il y en a d’autres maintenant :

quand il s’est échappé de l’hôpital psychiatrique, ils ont recommencé à se rassembler :

un molosse aux lourdes mâchoires et au regard sournois, un grand avec des poils emmêlés et sales, un troisième bas sur pattes mais avec un corps puissant et des oreilles pendantes, il a les yeux qui saignent.

« attends, prends garde à la vengeance des chiennes pleines de ressentiment de ta mère », plus exactement. à l’angle de Garfield Place et de 5e Avenue. à Brooklyn.

Google Earth, plongée rapide sur Brooklyn, NY, carrefour de Garfield Place avec 5e Av.

tous les matins, je prends un capuccino ici, chez Ozzie’s, les muffins y sont excellents, je m’installe à cette table avec mon ordinateur, il y a la wi-fi, on voit bien le carrefour depuis cette table, c’est de là que je les observe. John Doe est gay, il porte un tee-shirt blanc et il a un anneau au lobe de l’oreille droite, mais John Doe, ce n’est pas son vrai nom, son vrai nom c’est… je ne m’en suis aperçu que longtemps après. je vous ai envoyé un premier mail le lendemain du jour où le gamin a tué sa mère. bon, et alors ? ils sont fatigués : le décalage horaire. les voilà ! la chienne jaune crottée vient toujours la première, ensuite l’ordre des autres varie suivant les jours, j’ai pris des photos, j’ai noté chaque matin l’ordre d’arrivée de chacun, j’en ai compté dix, mais certains jours ceux qui ne sont pas venus sont remplacés par d’autres. ils sont indifférents aux humains, ils ignorent la vieille dame qui veut leur donner des restes. la seule chose qu’ils paraissent haïr, ce sont les motos, ils mordent les roues, sautent aux mollets des motocyclistes. d’abord, ils attendent, le poil hérissé, collé par la pluie, la boue. c’est elle, la chienne jaune crottée, qui va donner le signal, vous allez voir ! où est-ce qu’ils vont ? j’ai essayé de les suivre en vélo, mais ils sont passés par les trous d’une palissade et ils ont disparu vers Red Hook. ils le poursuivent. les chiens ont donné la chasse au gamin. fuck ! qu’est-ce que c’est que ce délire ? qu’est-ce qu’on fout là, dans ce coffee-shop de Brooklyn, chez – Ozzie’s chez Ozzie’s, ouais, à 5000 kilomètres de l’endroit où le gamin a commis son crime, merde ! à courser des chiens qui se rassemblent à un carrefour qui a l’air de tous les autres carrefours ?

on dévisage un tordu qui les suit en vélo, on couraille dans tous les sens : tu parles d’un tracassin ! ça ressemble à quoi de dévirer comme ça ? moi je vais pas pourrir ici, je m’en retourne, aussi vrai que je m’appelle Tullio di Mauro, je m’en retourne chez moi. non, je veux plus de café ! est-ce que j’ai l’air fatigué ? la voilà ! la chienne jaune. et c’est là qu’on les a vus arriver l’un après l’autre, la chienne jaune crottée, puis le noir à l’air mauvais, puis le molosse sournois, et puis le grand efflanqué au regard de travers, et le court sur pattes aux mâchoires puissantes, une douzaine en tout, au regard gonflé de mauvaiseté. et ce tordu de John Doe ou whatever qu’il s’appelle a noté dans un carnet l’heure exacte de leur arrivée :

10:53:48 chienne jaune

10:58:50 grand chien noir efflanqué qu’est-ce qu’ils ont, ces chiens ? ils ont l’air malade, j’ai dit, ils ont les yeux qui saignent. et John Doe a ajouté qu’ils puaient de la gueule, une haleine d’enfer, que ça faisait comme un micro-climat de puanteur autour d’eux. là, une moto est passée, et il y en a trois ou quatre qui lui ont couru après, mais la chienne jaune crottée a jappé, une seule fois, et les autres sont revenus la queue entre les jambes. regardez ! a dit quelqu’un. c’était moi : ils s’en vont ! et comme si quelqu’un les avait sifflés, d’un coup ils sont partis à toute berzingue derrière la chienne jaune crottée, par Garfield Place vers 4e, ils déboulaient vers l’Est, et on les a coursés derrière John Doe ou whatever qui sur son vélo, et on les a perdus par là-bas, et tandis qu’on était là à reprendre notre souffle, John Doe ou – est revenu bredouille, ils avaient disparu, qu’il était 11:46:43.

Abdelrahmane says :

et alors vous avez fait tout ce chemin pour courser des chiens ?

et alors à la même heure exactement, 11:46:43, le gamin se jetait contre les murs et se mettait à hurler dans son hôpital en briques au milieu des champs de betteraves : « les chiennes ! les chiennes, elles sont là ! » « prends bien garde aux chiennes de ta mère, mon enfant. »

les chiennes de sa mère, il les voit. il les sent qui le mordent et lui déchirent sa chair, leurs crocs se plantent dans ses membres et lui fouillent le ventre.

terpiekje says :

la plupart du temps, le suicide final est la seule issue, dans un moment de décompensation de la psychose.

µαλακα, pouvez pas parler comme tout le monde, vous autres ? tuer sa mère, c’est détruire la matrice de la vie. le gamin a détruit le moule de la vie, on s’est dit comme accablés sous ce ciel d’orage à Brooklyn : et ça avait un goût de fin du monde, de catastrophe. c’est pour cela que nous sommes tous rassemblés ici. comme les chiens.

terpiekje says :

le retournement contre soi de la haine projetée par l’autre dans le matricide conduit au suicide final.

on parle pas d’un cas abstrait, merde ! on parle d’un gamin bien précis qui a tué sa mère et qui déraille en hallucinant des chiens qui le mordent ! les marques des crocs apparaissent sur sa chair. et pourtant il est seul dans sa cellule c’est dégoûtant, ces images. il est seul dans sa cellule, et il est mordu par des chiens qui n’existent que dans sa tête ?

terpiekje says :

ultime tentative d’échapper au renfermement psychotique de tout son univers, sur un monde familial dissocié.

arrêtez de passer devant l’image, µαλακα, j’arrive pas à lire ! il y a eu une histoire comme ça, dans les années 1970 : une baby-sitter n’arrête pas de passer devant l’écran de la télévision – exactement comme vous le faites là – les cinq bambins dont elle a la garde l’assassinent. charmant. (off) flight Olympic Airways zero zero five to Athens last call for the passengers to Athens Eleftherios Venizelos flight Olympic Airways zero zero five departure on gate eighty-four. ça ne s’arrête pas là ! l’amant mexicain de la baby-sitter a tout vu, et les enfants doivent aussi se débarrasser de lui en le balançant du haut d’une falaise dans sa voiture.

western_sushi says :

une Chevrolet Corvair Fitch Sprint 1964.

est-ce qu’une image peut tuer ?

northern_star says :

“attention, les enfants regardent”.

ce n’est pas l’image qui tue. l’écran, derrière toi, n’est qu’un mur de plaques de métal, un lieu vide d’où surgissent des fantômes. question de distance. s’il n’y a plus d’écart entre le spectacle, derrière toi, et les corps des enfants, l’écran ne fait plus écran, et comme c’est la baby-sitter qui fait écran à l’écran, les enfants l’assassinent. les enfants ont voulu tuer le réel, mais pas réellement. putain, la prise de tête ! hors-sujet. mais non, écoutez : c’est un Milanais qui demande à un Napolitain où se trouve la Piazza Carità… la Belgique, puis Brooklyn, et maintenant Naples ! vous pouvez pas dire qu’on vous fait pas voyager !

dovè è la Piazza Carità, per favore ? et le Napolitain se met à lui parler à toute allure, en faisant des grands moulinets des bras, comme ça, et comme il parle à toute berzingue en dialecte napolitain, (cadenza) l’autre, l’étranger, ne comprend rien, sinon que, au milieu de cet imbroglio de gestes et de paroles incompréhensibles, il comprend vaguement où se trouve la Piazza Carità. (off) Miss Petticoat, Mrs Makropoulos, Mr di Mauro, Mr Morton, last call for the gate eighty-four ! eh bien, là, c’est exactement la même chose. putain, le zapping ! c’est dans la solitude ouatée de Kennedy Airport que je m’en suis souvenu, non, c’est là que je me suis aperçu que je ne voulais pas m’en souvenir. tu n’as rien à voir avec ce gamin, tu n’as aucun lien de famille, aucun lien personnel. alors, pourquoi on est là si on n’a rien à voir avec lui ? au bord des larmes. la discussion à l’hôtel de Bruxelles me poursuivait : leurs histoires à la con de chiots assommés contre les murs, de petites sœurs tombées par la fenêtre ou mortes d’angoisse. on ne t’en voudra pas si tu abandonnes maintenant. d’abord il y avait eu όρα, φύλαξε µητρόςέγκοτουςκύνας que j’avais fait semblant de ne pas comprendre devant eux, et maintenant cette chanson qui me trottait dans la tête, à propos de ces chiens qui poursuivaient les motocyclistes au carrefour de Garfield Place et de 5e. chaque enfant d’homme naît criminel, il lui faut du temps avant de réfréner ses pulsions de meurtre. il y en qui ne renoncent jamais à l’enfance. tu n’as pas à t’excuser, nous comprenons. vous ne comprenez rien du tout ! j’ai crié. un groupe de touristes sud-américains nous a regardés avec sévérité. (off) last call for flight Olympic Airways zero zero five to Athens Venizelos. qu’est-ce qu’on va chercher là-bas ? plus tard, elle les mènerait à la gorge où ça s’était passé, dans la montagne enneigée. de toute façon, quand ils seraient là-bas, elle ne pourrait plus faire semblant. ça lui a coûté, mais elle a fini par leur chanter la chanson :

chanté :

ξτες το βράδυ είδα έναν φίλο σαν ξωτικό να τριγυρνά πάνω στην µοτοσυκλέττα και πίσω τρέχανε σκυλιά

c’est Sotiria Bellou qui la chantait, la grande Sotiria Bellou. c’est du grec ? tu parles grec ? oui. de mauvais gré. et ça veut dire ? « hier soir, j’ai vu un ami errer comme un esprit sur une moto… »

quel rapport ? « … et des chiens couraient derrière lui. » le vers de l’Orestie d’Eschyle que le gamin avait prononcé dans son délire, puis les chiens qui ont commencé à se rassembler au carrefour de Garfield Place et de 5e devant chez Ozzie’s juste après qu’il ait tué sa mère et qui poursuivaient les motocyclistes, et maintenant la chanson… (off) welcome on board flight Olympic Airways zero zero five to Athens Venizelos. qu’est-ce qu’on va chercher là-bas ? ça faisait trop de coïncidences.

diamandis kavvadias says:

je vous ai réservé des chambres à l’Hôtel Arion ***, 110 € / nuit, petit déj. compris. impossible de trouver moins cher, il y a un congrès de psys à Athènes, .

brouhaha de voix.

RV 15:00 sous la porte des lionnes.

la Grèce, c’est grand ! autant chercher une goutte dans la mer, la mer aux milliers d’îles, αυτή που πάντα ξαναγεννιέται. quoi ? pourquoi il serait ici, à Mycènes ? (lu sur l’écran d’un petit ordinateur de poche) « à son retour de la guerre de Troie, Agamemnon, accompagné de sa captive Cassandre, est assassiné par sa femme Clytemnestre qui veut venger le sacrifice de sa fille Iphigénie par son mari… » il y a du touriste, qu’est-ce qu’il y a comme touriste ! je suis Cassandre.

où est passé Morton Garrett ? derrière moi, l’entrée du palais des Atrides. il a quitté l’hôtel ce matin tôt sans dire où il allait. « qu’est-ce que ce palais machine encore ? ce palais pue le meurtre et le sang répandu, je te dis que ce palais exsude la puanteur d’un charnier ! » qu’est-ce qu’on fout là ? « Argos riche en or, la brillante, chère à Héra… » (lu sur l’écran d’un ordinateur de poche) « … quelques années plus tard, avec l’aide de sa sœur Electre, Oreste tue sa mère Clytemnestre… » j’ai toujours voulu être comédienne. ah ? et pourquoi vous ne l’avez pas fait ? la vie en a décidé autrement, c’est tout. quelle chaleur, non mais quelle chaleur ! pas la peine de vous fâcher, je ne voulais pas être indiscret quelle chaleur, mais quelle chaleur ! pourquoi le gamin serait là ? mon royaume pour un ouzo ! (lu sur l’écran d’un ordinateur de poche) « … après une longue errance, toujours poursuivi par les Erinyes, déesses de la vengeance, Oreste est jugé par un tribunal formé de dieux et de mortels et finalement acquitté. » ouais bon merci, on a compris ! j’ai lu l’Orestie dans l’avion, µαλακα, quelle compresse ! ce que vous pouvez être mal embouchée.

interview du professeur Tommaso Simioni par Michel Beretti, Paris, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 23 juin 2007 (retranscription de la vidéo). Tommaso Simioni la haine peut aussi cimenter un couple. les parents de (bip) avaient sollicité les enfants pour qu’ils prennent une part active à leurs conflits. Q (off) sa mère persécutait réellement son père ? Tommaso Simioni un père défaillant (beaucoup de pères ne jouent pas leur rôle), une mère qui dévirilisait son fils : une figure héroïque et castratrice. mère phallique et père absent : les conditions d’une irruption psychotique à l’adolescence quand la crise pubertaire tourne mal, la résurgence d’une problématique infantile qui n’avait jamais été élaborée. Qj’ai peur de ne pas comprendre… Tommaso Simioni voyez-vous, tout ça est une question de position : le père ne peut installer une limite pour l’enfant, énoncer la Loi, que lorsque la mère lui marque sa place à cet endroit. sinon il oscille entre dispersion de soi et crispation sur son identité. dans le cas de (bip), la place du père a été déniée par la mère, et (bip) a tenté de faire face à l’image du père déchu, à sa débâcle. pour exister, pour faire exister l’Autre, il a été contraint au meurtre. Q– mais en tuant sa mère, il a renoncé à tout avenir d’homme ? Tommaso Simioni il s’est sacrifié. Qpour sauver son père, croyait-il, il s’est privé de tout futur en tuant ? Tommaso Simioni tuer, c’est aussi suivre une quête, c’est chercher sa propre inscription dans une histoire en se référant à des figures. Q (bip) a cité un vers d’Eschyle… lorsque Clytemnestre s’adresse à Oreste qui s’apprête à égorger sa mère…

Tommaso Simioni les mécanismes paranoïaques utilisent des mythes collectifs pour donner une justification à des fantasmes individuels. comprenez-vous, pour (bip) les événements se passent sur une double scène : familiale et supra-humaine, héroïque. comme les figures tragiques du théâtre d’Eschyle. ses sœurs ont pris parti pour la mère, du côté du père ; il est seul contre toutes ; son acte est justifié par des exemples héroïques ; il est investi d’une mission grandiose : œuvrer pour la défense du père. et comme Oreste, (bip) a désigné des dieux comme commanditaires du crime. Qen allant à Mycènes, il rentrait à la maison ? Tommaso Simioni si vous voulez. Q– comment ça finira ? Tommaso Simioni il va retourner contre lui la haine projetée sur l’autre par le matricide, et puis dans un moment de décompensation de la psychose, il se retrouvera face à la réalité. Q– et alors ? Tommaso Simioni il se suicidera. léger temps. Qet les chiennes ? comment ont-elles pu sortir de son imagination avec une telle réalité ?

léger temps. Tommaso Simioni « il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve toute votre philosophie. » c’est pour cela qu’il nous fallait le retrouver. des conneries, tout ça c’est des conneries ! « prends garde à la vengeance de mes chiennes, mon enfant ! » les chiennes qui se rassemblent, qui le poursuivent et le mordent, ce sont les Erinyes… c’est qu’un mythe, bordel ! avec le gamin, nous, on est dans la réalité, on suit un fait-divers ! … les déesses vengeresses qui pourchassent les criminels qui ont versé le même sang. eh bien elles devraient se renseigner, les Erinyes : il n’est pas du même sang. ses parents, c’étaient pas ses vrais parents ; il n’est pas né de la mère, du père non plus d’ailleurs ; c’était un enfant adopté. la preuve.

que ce ne soit pas ses vrais parents n’empêche pas qu’il ait tué sa mère. alors pourquoi les chiennes le poursuivent s’il n’est pas du même sang ? qu’est-ce qui est arrivé à sa famille ? une vraie tragédie – ça commence il y a longtemps dans les Ardennes… merde, les Ardennes… et il la connaît, l’histoire de sa famille ? bien sûr que non, comment pourrait-il la connaître ? cette histoire va nous rendre cinglés. vous faites ce que vous voulez, moi, j’arrête les frais, je rentre chez moi ! « euh, bonjour. » et là paraît Diamandis Kavvadias (ou quel que soit son vrai nom), français approximatif, cheveux gras, auréoles de sueur sous les aisselles, petit gros qui n’arrête pas de s’éponger le visage avec un mouchoir crasseux : « c’est là que j’ai vu le gamin, il venait du cercle des tombes royales et il marchait vite en avant du palais des Atrides, il avait des gestes saccadés c’est pour ça, je l’ai reconnu tout de suite avec sa vidéo, mais µαλακα je guidais un groupe d’Allemands, dès que j’ai pu j’ai mis une mail sur le forum, fous le camp, sale chien ! » et Diamandis Kavvadias a lancé une pierre au grand chien pelé qui errait dans les ruines. « je sais pas ce qu’ils ont, ces clebs, depuis le dernier temps. » regards.

« de quoi il vit ? il cherche les poubelles sur le parking, il y a assez de touristes à Mykénès pour qu’il puisse trouver de manger ! » toujours pas de nouvelles de Morton Garrett. vous faites une libation, di Mauro ? moi ? vous versez votre vin par terre, du retsina qualité supérieure. je me méfie de mon avidité. vous n’êtes toujours pas partie, vous ? qui vous a dit que je voulais renoncer ? vous. cette chaleur ! cette chaleur est inhumaine. finalement, je crois que je vais recommencer à boire.

sonnerie de portable.

c’est Morton Garrett ! où étiez-vous passé ? entre l’Attique et l’Eubée montagneuse, l’Euripe aux eaux rapides et retentissantes !

au fond, les cimenteries à l’approche de Chalkida. ici, le courant coule tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. parfois le courant est réglé ; parfois il est déréglé.

quand le courant est réglé, il change de direction 4 fois par jour, soit 2 flux et 2 reflux, suivant la double marée luni-solaire. mais quand le courant est déréglé, les changements de direction s’accélèrent : 11, 12, 14 flux et reflux par jour ! qu’est-ce qu’on en a à foutre ? pourquoi êtes-vous parti là-bas sans rien nous dire ? soit L, la longueur du bassin de l’Euripe : 115 km, que parcourt le flux et le reflux 2L, soient h sa profondeur moyenne : entre 100 et 200 m, et g la gravité, force d’accélération et d’inertie, la célérité des oscillations se réduit à la racine carrée du produit de la profondeur h par l’intensité g de la gravitation. le nombre de marées dans le courant déréglé de l’Euripe variant de 11 à 14 par jour, j’obtiens Tn = 105 à 131 minutes pour chaque cycle de flux et reflux.

2L

⎯√

Tn =

gh

midnite says :

on s’en fout !

ce n’est encore rien ! inexplicablement, les eaux de l’Euripe montent lorsque le courant s’écoule vers la mer Egée et descendent lorsque le courant s’écoule vers le Nord. sachant que le courant est réglé pendant les syzygies et déréglé pendant les quadratures, à l’époque des syzygies, à la nouvelle et pleine lune, la marée est à son maximum et son effet éteint celui des variations épisodiques. vous me suivez ? ça suffit, Garrett! mais à l’époque des quadratures, premier et dernier quartier de la lune, les effets des variations épisodiques dépassent en importance ceux des marées, et c’est justement aux quadratures que les courants de l’Euripe sont déréglés. on a failli prévenir les flics, bon Dieu ! pourquoi êtes-vous parti là-bas tout seul sans prévenir personne ? je ne sais pas. il fallait que je vois couler ces eaux rapides, regardez-les ! aussi changeantes, incompréhensibles que l’âme humaine. vous vouliez vous foutre à l’eau ? « que l’Euripe me prenne si je ne parviens pas à le saisir ! »

western_sushi says :

faites-le taire !

attendez ! je n’ai pas fini ! pour le saisir, il faut incorporer de nouveaux paramètres : les strymons et les meltems, et les vents étésiens qui dévalent du Nord-Est. jusqu’à 40 jours consécutifs, les vents s’engouffrent dans ce trou de l’Euripe. ajoutée aux marées t, la vitesse du vent Vv associée à un brusque changement de la pression atmosphérique Pa provoque de rapides variations de niveau…

quel rapport avec le gamin qui a tué sa mère, merde ? comment voulez-vous comprendre cette histoire si vous ne comprenez pas l’Euripe ? la représentation qu’on se fait de quelque chose, toute représentation, suppose le déploiement d’un système complexe, en excluant tout discours simplificateur. même le théâtre ? même le théâtre. il faut pourtant une histoire, des personnages ! des vents, des marées, des courants, des flux, et des corps affrontés dont l’odeur de sueur parvient jusqu’à la salle. à propos, le gamin a été vu à Chalkida montant à bord de l’Euripe, le petit cargo noir hors d’âge au premier plan, il a été engagé comme graisseur en salle des machines.

il fallait rejoindre Morton Garrett à Chalkida. à l’agence de location d’Argos, il ne restait qu’une Fiat Panda immatriculée YBE – 2536 sans climatisation. Aulis ! (lu sur l’écran d’un ordinateurde poche) depuis un mois, les courants et les vents contraires qui soufflaient du Strymon retenaient la flotte des Grecs en face de Chalkida, dans ce trou de l’Euripe.

bruit du vent et des cigales.

alors c’était là, l’origine de l’histoire des Atrides qui intéressait si fort le gamin qu’il avait voulu en voir tous les lieux. on le suit à la trace. comme les chiens.

le lieu du sacrifice : c’est là qu’Iphigénie a été égorgée. il reste une bouteille de retsina ? vous ne devriez pas boire autant, di Mauro. vous, foutez-moi la paix. là que la volonté du peuple exigea du père le sacrifice de sa fille. là, là ou là, quelque part, derrière ce grillage rouillé, dans ce bout de campagne échappé aux incendies, entre la cimenterie et l’usine chimique, elle a serré contre elle ses vêtements ; ils lui ont arraché ses vêtements. le sang a giclé sur ceux qui la maintenaient tous ensemble, le premier pacte démocratique scellé par le sang d’une vierge. après ils sont remontés sur les vaisseaux pour aller faire leur guerre à Troie, pressés d’oublier ce qu’ils avaient fait à l’aube de la démocratie, dans le lieu des commencements.

bruit du vent et des cigales.

seulette says :

les vents et les courants de l’Euripe, est-ce qu’ils avaient tourné, après ?

et Clytemnestre a eu le suprême courage de lever sa hache sur le tyran domestique, le père meurtrier de sa propre fille. vous mélangez tout. pourquoi as-tu tué ? a demandé le juge au gamin. « à cause des beignets ». il a fini par articuler. pourquoi a-t-il tenu à être jugé si c’était pour se taire ? les sœurs, la tante, leurs avocates ont porté l’accusation devant les caméras ; à elles seules, elles faisaient le procès ; le procès n’était plus dans le tribunal. ce n’était que justice : le procès appartient aux victimes. il faut que la vérité soit arrachée au coupable sous les yeux de tous ! que le gamin raconte, tout, même si c’est atroce, pour que puisse commencer le deuil ! devant les caméras, les sœurs, la tante pleuraient, disaient l’impossibilité de trouver le sens de la vie et de la mort : « pourquoi elle, notre mère, ma soeur ? » le gamin avait pris son air buté : « puisque je n’ai été que ça, je l’aurai été jusqu’au bout » et ç’a été tout. leur douleur était bavarde, ce n’était plus un procès, c’était un sacrifice. pendant trop longtemps, la douleur des victimes a été muette. c’est idiot ! le fait d’être une victime n’absout personne d’un crime. si la mort du père était juste, celle de la mère l’était aussi. de quels parents parlez-vous ? de ceux du gamin ou d’Agamemnon et de Clytemnestre ? fermez-la, di Mauro, et cuvez votre vin, vous êtes un homme, on ne vous demande pas votre avis. je savais bien qu’il restait une bouteille de retsina. je parle d’elle, de Clytemnestre, et je parle de toutes les femmes. qui la condamnera, la mère meurtrière du père assassin de sa propre fille ? pas moi.

trop d’oubli a été entassé sur les crimes dont les femmes ont été les victimes. qui dira enfin l’éternelle plainte des femmes victimes depuis les origines ? la mère du gamin, ou une adolescente, presque une fillette, sacrifiée à leurs superstitions de mâles bornés toujours prêts à guerroyer, toujours en train de se tâter les couilles pour vérifier que leur virilité est toujours en place ! quitte-t-on son foyer, sacrifie-t-on tant d’hommes pour ramener une femme partie de son plein gré ? chaque jour elle allait, Clytemnestre, accompagner les vieux qui portaient les urnes des soldats morts enveloppées dans le drapeau, elle entendait le hurlement des mères et des épouses, elle les serrait dans ses bras, de toutes ses forces, pour qu’elles ne se déchirent pas le visage avec leurs ongles. à la fin, elle ne pouvait plus. tous ces morts pour une femme perdeuse d’hommes ! est-ce qu’elle voulait seulement que son mari revienne de la guerre ? et puis elle avait enfin trouvé quelqu’un qui la faisait jouir. et alors ? son mari baisait Briséis sous les murs de Troie, et Cassandre qui frottait sous lui le banc de son navire, l’astiqueuse de mat. dans toute la Grèce, il ne restait plus que des vieillards impuissants ou des garçons impubères. toutes les femmes de la cité faisaient ceinture pendant que leurs hommes partis au loin sautaient leurs captives. des femmes sans leurs hommes partis au loin récupérer une femme qui a trop d’hommes. bullshit ! Egisthe ne baisait Clytemnestre que pour assouvir une vieille vengeance familiale.

Zebu says :

de quoi on parle, là ?

Sergio20239 says :

moi aussi je suis largué.

pourriez pas arrêter de crier et de gesticuler ? on va finir par avoir des ennuis. je m’en fous. si c’était légalement possible de le faire, y aurait-il quelqu’un parmi vous dont le premier geste ne serait pas de se lever pour demander la mort du coupable : un mari à qui un chauffard ivre a tué sa femme, un père à qui on a violé et étranglé sa fillette, un tueur en série meurtrier de son fils ? soyez honnêtes. qui parmi vous ne se réjouira pas de la mort de l’assassin, même vue de loin sur un écran de télévision ? vous étalez en public vos petites misères personnelles, alors c’est pour ça que vous avez avalé tous ces kilomètres ? pour voir de vos yeux le gamin crever ? une victime peut-elle être plus victime qu’une autre ? est-ce un sentiment subjectif ou existe-t-il une échelle scientifique des degrés de la souffrance ? croyez-vous que les victimes se viennent en aide entre elles ? elle n’arrête pas de parler, furieuse, tandis qu’ils s’élèvent dans la montagne sur des routes en lacets de plus en plus étroites. vous êtes sûre que vous ne vous êtes pas trompée de route ?

non, je me suis pas trompée ! c’est là-bas que ça se passe, l’Orestie, et le gamin, et toutes vos petites histoires.

pivoine says :

moi, je ne suis plus !

Marieke says :

moi non plus je ne comprends plus rien.

felsenstin says :

ce n’est pas la route de Chalkida, là vous remontez vers le nord. ça faisait 3 km depuis Vathy où vous étiez !!!

western_sushi says :

qu’est-ce que vous glandez dans la montagne alors que le gamin est à Chalkida sur l’Euripe ?

John Doe says :

les chiens se rassemblent toujours devant chez Ozzie’s, la chienne jaune crottée est la première, puis le chien noir famélique, puis viennent les autres, et ils disparaissent tous vers Red Hook.

Sergio 20239 says :

où vous allez ? pourquoi vous nous faites faire ce détour ?

j’ai envie de vomir. vous n’aviez qu’à pas boire autant. vous pourriez pas conduire moins vite ? voilà, c’est là. dit-elle.

vous êtes déçus. je vois que vous êtes déçus en découvrant cette arène.

rien de ce que vous pensiez trouver et que ces noms, Ellaj,Oresteia, suggèrent : la mer, la mer immense où se posent les pétroliers, la mer qui se flagelle de ses vagues, la toujours recommencée, la Méditerranée. pas même un rivage à l’abandon (mouettes mazoutées, poissons crevés, bouteilles en plastique, sacs de la chaîne BEROPOULOS). ni le soleil, τα µάτια µουδεθαδούνπιαοφωςτουήλιου. disent les mourants. le soleil, une nuée sombre le cache, nos pieds foulent un tapis de cendres les sabots brûlés, les biches aimées d’Artémis, qui accompagne les petits d’hommes et d’animaux, se sont couchées pour mourir. vous pouvez imaginer la vigne et l’olivier qui peuplaient ce vallon. vous pouvez fermer les yeux, imaginer que vous respirez les odeurs de la montagne, le thym et le romarin, la sauge veloutée douce au toucher comme l’oreille d’un âne, l’origan, la marjolaine et le styrax. qu’est-ce qu’on fait là ? vous imaginez qu’un homme court dans le vallon, vous le voyez ? il porte l’uniforme de l’ELAS, l’Armée Populaire de Libération Nationale. on est le 16 septembre 1948. derrière lui, court un autre homme qui porte l’uniforme de l’EAM, l’Armée Démocratique de la Grèce. il tient un fusil. celui qui tient le fusil tue l’autre, qui a épousé sa sœur. il tire sur l’autre dont le visage écrase le thym et le romarin, la sauge veloutée douce au toucher comme l’oreille d’un âne, l’origan, la marjolaine et le styrax. alors surgit une jeune femme vêtue de noir qui se jette sur le corps, le corps de son mari ; c’est la sœur de l’autre, le meurtrier. iô ! iô ! otototoï ! popöï da ! άσε στα πουλιά αυτό το ψοφίµι. lui dit son frère. le mort a tué leur cousin qui appartenait à l’EAM, tandis que lui était du côté de l’ELAS. qu’est-ce que c’est, la différence ? est-ce qu’on sait pourquoi on est d’un côté plutôt que de l’autre ? et la jeune femme en noir relève sa tête vers l’homme au fusil : « toi, prends garde à la vengeance de mes chiennes ». et la neige commence à tomber dans le vallon et fond, le soleil monte et descend, vient la pluie, et puis la neige de l’hiver, et puis l’été, et puis la nuit, le cri de la chouette, le braiement d’un âne. on est le 12 janvier 1949. il faut que vous imaginiez qu’un homme blessé court dans le vallon, derrière lui vient une femme en noir qui porte un fusil, elle vient sans se presser, l’homme c’est celui qui a tué son mari, elle c’est sa sœur. είµαιάοπλη.

lui non plus n’avait pas d’arme quand tu l’as tué. tu ne vas quand même pas tuer ton propre frère ? και αυτός σε ικέτεψε να µη τον σκοτώσεις. à peine a-t-elle tiré qu’une jeune femme en noir se jette sur le corps. iô ! iô ! otototoï ! popöï da ! et elle relève la tête vers la première et elle lui dit : όρα, φύλαξε µητρόςέγκοτουςκύνας. « prends garde à la vengeance de mes chiennes. » et pourquoi vous nous racontez tout ça ? cette femme a eu une fille qui a eu une fille, et moi je suis la fille de cette fille, partie le plus loin possible de ce vallon, que je le veuille ou non la fille de cette guerre que je n’ai pas vécue. pourquoi on serait condamnés à être la continuation de nos ancêtres ? à être fidèles à des souffrances anciennes ou à trahir ? impossible de se souvenir. impossible d’oublier. voilà pourquoi la Grèce en feu, ce paysage de cendres et cette nuée sombre, ici où se déroulèrent les derniers combats, un champ de mines oublié empêche les sauveteurs de lutter contre le feu. voilà pourquoi la souillure du rivage. voilà pourquoi les cormorans mazoutés, les bouteilles en plastique, les poissons crevés, et les sacs de la chaîne BEROPOULOSsur ce rivage à l’abandon. ici, la mer n’est jamais loin. il n’y a pas de victimes innocentes. ils se taisent et ils remontent vers le bruit des hommes à Chalkida. qu’est-ce qui nous a poussés à respirer le même air, à vouloir flairer l’odeur de la sueur des autres ? pour ne plus être des spectateurs en retrait mais des acteurs. qu’est-ce qu’on est venu voir s’il n’y a rien à voir ? ils pensent.

brouhaha des voix, tintement des verres sur les terrasses bondées, sirène d’un navire.

vous en avez mis un temps pour venir ! le cargo où le gamin s’est embarqué vient de lever l’ancre pour on ne sait où ! vous n’auriez pas pu le retenir ?

rire. photo.

il a vieilli. ça fait six mois ! eh bien il est devenu vieux. vous dites n’importe quoi ! vous savez comment il a survécu ici ? il a fait la pute, il a vécu de nos déchets ! il vous a dit quelque chose ? qu’est-ce qu’il vous a dit, merde ? j’étais en face du cargo, l’Euripe, à vous attendre ; je l’ai appelé. il m’a regardé et il a dit : « à croire que vous tous enviez mon malheur ». et puis par dessus un vin de Samos, sombre comme le sang qui s’écoule des veines –

j’ai commandé du vin, mais lui n’en a pas voulu, il a demandé s’il pouvait avoir un coca. quel âge as-tu ? dix-huit ans ? « j’ai deux mille six cents ans » il a dit. « vous avez des enfants ? » j’ai un fils. il m’a regardé, c’est la première fois qu’il me regardait en face. « c’est bien. » on est resté un long moment sans parler. aux mains, il avait des bandages sales, je savais ce qu’ils recouvraient. « je peux pas dire : ″c’est pas moi″, c’est moi. » « qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ? » « la vidéo, il fallait que je la revoie, que je la traverse » il a dit? « que je la traverse », il a dit : « elle, ma mère, je voulais pas la tuer, juste une image ». et vous l’avez laissé partir ? fuck. et ils se tiennent tous les quatre, et tous les autres au loin regardant avec leurs yeux, devant le détroit de l’Euripe où s’engouffrent les vents. ils rentrent à Athènes dans la Fiat Panda YBE – 2536. dans leurs chambres d’hôtel ils s’endorment. evo me, ja sam tvoj otac ! la même nuit, Morton Garrett rêve que son fils ne le reconnaît plus, lui qui n’a jamais vu son propre père. oce ! oce ! ja sam, tvoj sin ! au matin Morton Garrett sait qu’il ne pourra pas être père tant qu’il ne sera pas un fils. (en polonais, à mi-voix) twoja matka zawsze była ofiarą. la même nuit, Helene Makropoulos rêve de sa mère Polina morte d’un cancer et entend son père prononcer cette phrase, « twoja matka zawsze była ofiarą », « ta mère a toujours été une victime ». mamo, mamo, dla czego mnie zostawiasz w ciemnościach ? en un éclair, elle comprend tout. elle comprend qu’elle était le vivant portrait de Polina, sa mère, mais qu’elle était la fille de personne, personne ne l’avait désirée, une fille, elle n’était qu’une fille. dla czego nie potrafię, za isnieć, ale pozwalasz mi żyć ? elle s’éveille en pensant que nul ne souffre que de lui-même. la même nuit, je rêve que je ne rêve pas. la même nuit, Margaret Petticoat rêve qu’elle s’appelle Athéna et voilà qu’elle porte la lance, le casque et l’égide. τι µε θέλετε ; elle rêve que le gamin agenouillé lui enserre les jambes. τι κανείς εδώ ; τι µε θες ; et à cet instant, l’aube pointe et disperse les songes.

musique de fond, annonces d’aéroport, bruits de voix. pendant que les comédiens parlent, défilent les messages de mailer demon.

felsenstein@siegfriedspitz.de:

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nous avons fait des milliers de kilomètres pour respirer l’odeur des autres. Helene Makropoulos ne peut pas sentir Tullio di Mauro. rassurez-vous, c’est réciproque. l’odeur de ces corps à quelques mètres de cette assemblée de corps qui sentent que d’autres corps sont là autour d’eux et pourtant sont seuls à écouter. il n’y a plus rien d’autre à chercher par ici. il n’y avait rien à trouver. finalement vous allez me manquer. pas à moi. valises aux pieds dans la solitude ouatée des aéroports. (off) passengers on undetermined flight for an undefined destination are requested to go to any gate they wish. on pourrait se revoir. on n’a aucune raison de se revoir. pourquoi pas ? à l’heure qu’il est, le gamin est peut-être mort. si on l’avait trouvé, qu’est-ce qu’on aurait fait ? on l’aurait remis à la police ? aux psychiatres ? Athéna, c’est vraiment votre nom ?

ça vous regarde ? alors qu’est-ce qu’on a cherché ? (off) last call for anywhere ! Ms. Petticoat, Ms. Makropoulos, Mr. di Mauro, Mr. Morton, last call for anywhere !

ils se séparent rapidement et sortent. soudain, dans le mur au fond du décor, à deux mètres du sol, une ouverture : un homme apparaît à contre-jour dans la brèche ouverte. temps. l’homme descend en se laissant glisser contre le mur. il s’adresse au public.

je ne me présente pas en suppliant. mes mains sont sales, elles ne sont pas impures. ma souillure s’est usée en se frottant aux hommes qui m’ont accueilli dans ma course. à la porte arrière des abattoirs, pour me purifier selon le rite, des bouchers compatissants me lancent parfois une bassine remplie du sang d’un cochon. pour dormir, j’ai fait ma litière des objets fabriqués que vous avez jetés. dans les salles des machines de cargos rouillés j’ai pelleté le charbon et nourri la gueule des fournaises. sauteur de méridiens, élève du malheur sur la mer-riche-en-îles, elles m’ont suivi fidèlement, les chiennes de ma mère. des femmes ont refermé sur mon visage leurs cuisses ouvertes comme des pinces de langoustes. je voulais oublier quelques instants la morsure des chiennes de ma mère. dedans c’était noir et rose. vagins dentés. ma mère était dans les sexes tarifés écrasant mon visage. vous me regardez. vous me regardez comme on regarde un mort. avec compassion. votre compassion est sans limite, comme le crime. avec la satisfaction furtive de n’être pas celui-là que je suis, et de compter parmi les vivants, de l’autre côté de cette ligne immatérielle que trace le malheur. il y a moi, ici, et vous, là-bas, les innocents, la société des innocents. qu’avons-nous en commun ? qu’avez-vous en commun avec moi ? est-ce le vague sentiment que vous pourriez être moi ? chacun de vos regards me brûle, comme il y a trente ans, dans la salle du tribunal. quoi ! il a commis un crime abominable, disiez-vous, et il ne montre pas de repentir ! je ne sais pas quoi dire, moi qui ai commis le plus abominable des crimes. il faut avoir toute sa tête pour pouvoir la perdre, pour faire un véritable assassin. à la frontière imprécise entre l’homme et l’animal, je sais que je deviendrai fou si j’y pense ; je préfère ne plus penser. j’ai eu peur. c’est pour ça que j’ai tué.

des pourritures qui croissent dans les plaies, de la lèpre qui dévore ce qui la veille était un corps. de la rancune des morts irrités montant de dessous la terre si j’étais parjure à la mission qui m’avait été confiée. j’ai tué cette femme sur ordre, sinon j’aurais été parjure. c’est sur ordre que j’ai tué. sur l’ordre de qui, je ne sais plus. je ne sais plus rien du pourquoi. le comment, je m’en souviens trop bien. je vois rouge, du rouge dans mes yeux, du rouge, du rouge, partout, malheurs qui tuent en famille, cordes pour se pendre, bassine de l’homme égorgé, abattoir, aspersoir sanglant du sol. est-ce qu’on sait pourquoi on tue sa mère ? est-ce qu’on sait pourquoi on tue ? qui me jugera ? vous, la société des innocents ? le théâtre dans lequel vous vous plaisez à mettre en scène la catastrophe de quelqu’un est lancé au hasard par la main d’un dieu ivre. le duel de tous les innocents avec l’assassin que vous mettez en scène. et non amener au nom de tous celui qui a tué à se remémorer la scène accomplie, à répondre de son crime devant tous. personne ne m’a fait sortir de la mort sous les yeux de tous. personne ne m’a séparé de mon crime. depuis trente ans, ni mort ni vivant, au cœur de mes ténèbres, je ne suis pas devenu le père de l’enfant que j’étais, je ne suis pas devenu mon fils, à moi- même une énigme depuis deux mille six cents ans, stérile et sans descendance, comme ce rivage souillé. la seule fabrique de l’homme, la seule qui compte, est celle des fils. mais aux fils et aux filles il faut une raison de vivre. non ? un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. qui me jugera ? et vous, la société des innocents, personne ne vous a séparés de mon crime, personne n’a pansé l’ordre du monde que j’ai blessé, car tuer quelqu’un c’est tuer l’humanité, mais vous avez ajouté du trouble au trouble. qui me jugera enfin ?

il sort de son manteau quelque chose enveloppé dans Τα Νέα, pose l’objet sur le sol devant lui, s’accroupit. il déplie le journal, en sort un cerveau de boeuf.

à la porte arrière des abattoirs, les bouchers me l’ont donné. avec attention je le regarde, je me dis : voilà le cerveau d’un assassin. et j’observe ses circonvolutions. il est plus aisé de fendre une tête que de la guérir, ou de savoir ce qu’il y a dedans. plutôt que de pénétrer dans la tête de l’assassin, la tête de l’autre, la tête de l’ennemi, celui dont on pense qu’il eût mieux valu qu’il n’existât pas.

il remballe le cerveau dans le journal.

les morts sont tous égaux, les vivants tous coupables. n’est-ce pas toi qui, un jour, a égorgé ma sœur ?

toi, n’as-tu pas tendu le couteau à l’égorgeur ? toi, tu as crié « qu’elle meure ! » et toi, tu t’es assis sur le cercueil. quand la société des innocents laissera-t-elle la place à l’alliance des coupables ? dans le noir, c’est là que vous êtes : visages distincts, vies différentes. autrefois, c’était comme cela aussi, mais vous n’étiez pas dans le noir, vous étiez assis dans le grand jour, et ce n’était pas quelques-uns qui étaient assis à votre place, mais tous. pourquoi n’êtes-vous pas tous venus pour me juger ? où sont les autres ? êtes-vous les délégués de ceux qui ne sont pas venus ? qu’est devenue votre justice quand les passants se dégagent alors que je les tire par la manche et que je leur dis : « je suis le crépuscule de Zeus, le meurtrier de Dieu » quand les regards des hommes des villes populeuses me traversent sans me voir ? qui décide parmi vous ? décidez-vous de vos lois ? ou est-ce votre peur qui décide ? cité parjure ! le jugement émis en votre nom n’a pas endigué l’augmentation infinie du mal. je voudrais mourir, et je ne peux pas mourir. tant que n’adviendra pas l’alliance des coupables, il y aura encore la vengeance des chiennes. les voilà. vous les entendez qui aboient ? elles l’ont flairé de loin, le tueur de mères ! elles reviennent.

il s’appuie contre le mur.

j’attends ici l’arrêt de la justice. je dépose mon fardeau devant vous tous qui êtes ici. ce soir je vous charge les épaules de mon fardeau. moi, je ne veux plus courir.

il se laisse doucement glisser contre le mur, s’accroupit le dos contre le mur, le visage tourné vers le public.

αυτή που πάντα ξαναγεννιέται

(grec moderne) la toujours recommencée (la mer) τα µάτια µουδεθαδούνπιατοφωςτουήλιου mes yeux ne verront plus la lumière du soleil άσε στα πουλιά αυτό το ψοφίµι laisse cette charogne aux oiseaux είµαιάοπλη. je n’ai pas d’armes και αυτός σε ικέτεψε να µη τον σκοτώσεις lui aussi t’a supplié de ne pas le tuer τι µε θέλετε ; qu’est-ce que vous me voulez ? τι κανείς εδώ ; τι µε θες ; qu’est ce que tu fais là ? qu’est-ce que tu me veux ?

όρα, φύλαξε µητρόςέγκοτουςκύνας (grec ancien) attends, prends garde aux chiennes pleines de ressentiment de ta mère.

evo me, ja sam tvoj otac ! (serbo-croate) c’est moi, je suis ton père ! oce ! oce ! ja sam, tvoj sin ! père! père! c’est moi, ton fils!

twoja matka zawsze była ofiarą.

(polonais) ta mère a toujours été une victime mamo, mamo, dla czego mnie zostawiasz w ciemnościach ? maman, maman ! pourquoi me laisses-tu dans le noir ?) dla czego nie potrafię, za isnieć, ale pozwalasz mi żyć ? pourquoi je ne peux pas exister ? tu ne veux pas de moi et tu ne me laisses pas vivre !

ć ę ąś

2 octobre 2007

Les photos des tournages en Grèce

Catégorie : vidéo, Décor, Répétition — admin @ 18:58

dscn3002.JPGdscn3003.JPGdscn3010.JPGdscn3014.JPGdscn3021-1.JPGdscn3033.JPGdscn3054.JPG

24 septembre 2007

Le flyer de la pièce pour St-Gervais

Catégorie : internet, Presse & média, Général — admin @ 18:54

On vient de le recevoir et on vous le propose ici en ligne, le flyer de la pièce “Du rouge dans les yeux” actuellement au Théâtre St-Gervais à Genève

Cliquez ici pour vous le télécharger

16 septembre 2007

Les premières images juste après la première de “Du rouge dans les yeux” à Vevey à l’Oriental

Catégorie : vidéo, Presse & média, Général — admin @ 15:43

Quelques vidéos faites juste après la première de la pièce à Vevey, au théâtre de l’Oriental. On y voit entre autre l’auteur de la pièce Michel Beretti, Simone Audemars pour la mise en scène mais également les comédiens.

La fiche complète:

 

Equipe de réalisation

Mise en scène : Simone Audemars
Distribution :
Hélène Firla, Athéna Poullos, Ahmed Belbachir, Marco Facchino et Georges Grbic.
Scénographie et costumes : Roland Deville
Peinture décor : Pierre-Alexis Deville
Réalisation des costumes : Séverine Besson
Eclairage et régie générale : Yann Becker
Internet & Vidéo : Thierry Weber
Administration : Florence Favrod

Dans le décor de “Rouge”

Catégorie : Décor, Général — admin @ 15:36

Visite de quelques personnes mais également de la famille de la plupart des comédiens dans ce fabuleux décor de “Rouge” pas encore habillé d’images et de vidéos

La troupe de “Rouge” se met au temps de l’apéro

Catégorie : Répétition, Général — admin @ 15:33

Presque toute la troupe est présente à l’invitation de Florence pour un petit apéro fort sympa au bord du lac.

Quelques jours avant la première de “Rouge”

Catégorie : Répétition, Général — admin @ 15:31

Quelques images en vidéo la semaine avant la première de “Du rouge dans les yeux”